Parfois, les rencontres artistiques commencent de la manière la plus inattendue.
La parole est à Laetitia.
J’avais huit ans lorsque j’ai rencontré Tony Valentine pour la première fois.
Ce soir-là, notre maison, à Maintenon, a pris feu. Ma mère et moi étions seules. Nous sommes sorties, terrifiées, en appelant nos voisins à l’aide. Mais personne ne répondait.
C’est à ce moment précis qu’un homme est arrivé. Il rentrait de son atelier.
Nous le connaissions à peine. Pourtant, lorsque nous lui avons expliqué ce qui se passait, il n’a pas hésité. Avec sa femme et une amie présente ce soir-là, ils nous ont accueillies chez eux, ont appelé les pompiers et ont pris soin de nous pendant le reste de la soirée.
Cet homme, c’était Tony Valentine.
Je ne savais pas encore que derrière ce voisin se cachait un peintre et sculpteur écossais au parcours artistique singulier. Ni que, quelques années plus tard, j’aurais l’occasion de découvrir son atelier, d’y effectuer un stage et même de recevoir l’une de ses peintures en cadeau.
Un artiste entre deux mondes

Né à Édimbourg en 1939, Tony Valentine étudie à la Glasgow School of Art avant de s’installer en France à la fin des années 1960.
Son œuvre oscille entre peinture et sculpture, entre figuration et imaginaire.
Dans ses compositions, les visages et les silhouettes se mêlent parfois aux paysages, notamment ceux de son Écosse natale. Des œuvres que l’on pourrait presque parcourir comme des territoires, où chaque forme semble en dissimuler une autre.
Ses « portraits-paysages » illustrent particulièrement cette manière de jouer avec notre perception.
On ne regarde pas simplement une œuvre de Tony Valentine. On prend le temps de l’explorer.



L’art comme espace de liberté
Ce qui caractérise son univers, c’est cette liberté de représentation.
Des personnages singuliers, des formes qui se superposent, des compositions parfois déroutantes, des références littéraires et un imaginaire qui semble ne connaître aucune frontière.
Il ne s’agit pas nécessairement de représenter fidèlement ce que l’on voit, mais de donner forme à ce que l’on imagine, à ce que l’on ressent.
Une approche qui nous rappelle combien l’art peut s’affranchir des conventions pour proposer une autre manière de regarder le monde.
Et lorsqu’on exerce aujourd’hui un métier créatif, cette liberté d’expression conserve une résonance toute particulière.


Bien plus qu’un souvenir

Tony Valentine nous a quittés en 2018, laissant derrière lui une œuvre riche et personnelle.
Mais lorsque je pense à lui, ce ne sont pas seulement ses peintures ou ses sculptures qui me reviennent en mémoire.
Je pense aussi à cet homme qui, un soir, a ouvert sa porte à une petite fille et à sa maman. À cet atelier que j’ai eu la chance de découvrir. Et à ce tableau qu’il m’a offert, témoin d’une rencontre qui s’est prolongée bien au-delà de cette première soirée.
Il y a des artistes que l’on découvre à travers leurs œuvres.
Et d’autres dont on découvre d’abord l’humanité.
Tony Valentine aura été les deux.




